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Paracha Shlach

L’étude de ce Dvar Torah est consacrée a la mémoire de Hanna bat zahra, Hanania Rephael ben Hanna, Mahlouf ben Merima, Diamanti bat Messaouda, Raphael ben Yaakov, Gracia bat Hanna,
Jais ben Rahel, Eliahou ben Hanna, Amram ben Zarha.

1. Para – paranoïa
2. La mauvaise foi.
3. La confiance en soi d’une sauterelle

1. Para – paranoïa

Lorsque la suspicion sans fondement ou excessive nous incite à croire que l’autre nous veut du mal et va jusqu’à supplanter la pensée rationnelle, nous l’appelons paranoïa. Celui qui regarde au-delà (para) des actions des autres, et soupçonne qu’il est la victime d’un mauvais plan ou d’un complot contre lui sans justification, est considéré comme paranoïaque. Bien que la paranoïa soit un état qui peut nécessiter un traitement clinique, il touche aussi les personnes en bonne santé à un degré plus ou moins grave. Peu de personnes remarquent qu’elles agissent sous le coup de la paranoïa vis à vis de leur entourage et qu’elles peuvent accuser des proches sans fondement et même parfois alors que ces proches agissent avec la plus pure des intentions. Ce peut être un enfant ou un étudiant vis à vis d’un parent ou d’un enseignant, des employés vis-à-vis de leur patron, des concurrents entre eux, etc. J’ai demandé à un certain nombre de personnes âgées si elles se sont jamais senties paranoïaques au cours de leur existence, ou si elles n’avaient jamais suscité ce sentiment chez autrui (sans qu’il s’agisse de problèmes psychologiques sérieux). Elles ont toutes répondu par l’affirmative. Inutile de dire qu’elles ont toutes ajouté que cet état leur avait causé un grand stress émotionnel.

Les sentiments paranoïaques résultent souvent d’un manque d’estime de soi. Ils se développent surtout dans le contexte émotionnel familial ou autre, lorsque règne un manque d’appréciation, de respect ou d’amour. C’est pourquoi renforcer l’estime de soi peut aider à dissiper les craintes vis-à-vis d’un autre pseudo-menaçant. Pourtant, traiter ce seul problème d’estime de soi peut se trouver insuffisant, d’abord parce que le processus est interminable et ensuite, parce qu’il peut ne pas suffire à soulager la misère et les pièges engendrés par la paranoïa. C’est pourquoi nous devons lire attentivement la Parasha, en effet s’y trouve une idée qui nous permettra de nous débarrasser avec succès de ce sentiment encombrant.

Le dernier jour de sa vie, Moché Rabbénou réprimanda le peuple juif pour ses fautes perpétrées au cours des quarante ans passés dans le désert. Remarquez la terminologie intéressante qu’il emploie en ce qui concerne l’incident des Explorateurs :
ותרגנו באהליכם ותאמרו בשנאת ה’ אתנו הוציאנו מארץ מצרים לתת אתנו ביד האמרי להשמידנו.
« Vous murmurâtes (vous vous êtes plaints) dans vos tentes, et vous dîtes : « C’est parce que l’Eternel nous hait, qu’Il nous a fait sortir du pays d’Égypte, afin de nous livrer entre les mains des Amoréens et de nous détruire. » » (1:27 Devarim)

Le ‘Hafetz ‘Haïm (שער התבונה פ’ טז’) relie le mot ותרגנו (vous vous êtes plaints) à נרגנות, qui signifie essentiellement : paranoïa. Ce qui sous-entend que lorsque les Juifs se plaignirent dans le désert que tout ce que souhaitait D.ieu, c’était les détruire, ils ne témoignèrent de rien d’autre que de paranoïa. Le ‘Hafetz ‘Haïm écrit au sujet des mauvaises langues, qu’une personne qui souffre de paranoïa transgressera constamment l’interdiction stricte de לשון הרע (médisance). Il répertorie sept autres transgressions provoquées par la paranoïa : ואהבת לרעך כמוך (aime ton prochain comme toi-même), לא תשנא את אחיך בלבבך (ne pas haïr ton frère dans ton cœur), בצדק תשפוט עמיתך (juger l’autre favorablement), חושד בכשרים (soupçonner un innocent d’actes répréhensibles), אונאת דברים (blesser autrui par les mots), הלבנת פנים (embarrasser ou humilier autrui), מחלוקת (semer la discorde).

Dans la description que fait Moshé du comportement des Enfants d’Israël au moment de la faute, il est intéressant d’observer la manière dont celui qui souffre de paranoïa l’exprime : « Vous vous êtes plaints dans vos tentes. » La paranoïa survient souvent dans une relation où il n’y a pas de discussion ouverte. La personne qui s’estime victime d’une autre n’exprime ses plaintes que dans l’intimité de sa propre maison.

Nous pouvons à partir de là tirer une leçon importante sur la façon de surmonter la peur non fondée de l’autre. Nous montrer simplement ouverts ! Et une grande partie de la paranoïa se dissipera alors. Si les Juifs avaient communiqué avec D.ieu par la prière, le malheur aurait pu être évité. Le moyen le plus efficace pour traiter de ce problème est d’en discuter ouvertement, autrement, les pensées les plus irrationnelles – telles que celle qu’ils exprimèrent vis-à-vis de D.ieu Qui nous aurait fait sortir d’Égypte afin que nous soyons anéantis par les Cananéens – peuvent triompher des plus grands esprits. Danger !

2. La mauvaise foi.

Avez-vous déjà côtoyé quelqu’un qui souffre de mauvaise foi ? Un homme a travaillé longuement et péniblement – dans une intégrité totale – au nom de son sens du devoir d’être un bon mari et un bon père. Pourtant, il trouve à peine le temps de sourire à ses enfants pour lesquels il prétend se sacrifier. Un autre est célèbre pour les nombreux actes de bonté qu’il accomplit pour tous, pourtant sa famille sait qu’il est trop occupé pour seulement accéder à ses plus petites requêtes. Les politiciens peuvent perpétrer les actes les plus inhumains tout en croyant qu’ils agissent selon de purs idéaux et valeurs sociaux. La liste peut s’allonger encore et encore. Il semble que la mauvaise foi est un trait incontournable et universel de la personnalité de l’homme.

En effet, même de grands Tsadikim ont témoigné qu’ils étaient régulièrement en proie à la mauvaise foi, et qu’ils travaillaient sans relâche à la détecter. Rabbi Israël Salanter nous livre : « Quand j’ai commencé à m’impliquer dans l’étude du Moussar (examen de conscience et intériorisation des bonnes valeurs), j’ai vu à quel point les gens sont mauvais, et combien j’étais juste. Après avoir étudié plus le Moussar, j’ai réalisé que je n’étais pas aussi juste que je le pensais, et que les autres n’étaient pas si mauvais. Maintenant que je suis complètement absorbé par l’introspection, je me rends compte à quel point j’ai besoin de m’améliorer, et combien il y a de bon chez les autres. »

Pourquoi la mauvaise foi se remarque-t-elle comme une tache de ketchup sur une chemise blanche pour tous ceux qui nous observent sauf pour nous-mêmes, lorsque c’est nous qui en souffrons ? La réponse est que les intérêts qui nous meuvent, tels que la poursuite des honneurs ou des plaisirs, crée un angle mort. Pour être clair il faut même préciser que l’irrationalité peut alors siéger dans les esprits les plus rationnels. Comment une personne peut-elle être inconsciente de ce que d’autres voient clair comme le jour en elle ? Un commentaire de Rachi dans la Paracha de cette semaine peut nous offrir une réponse.

Le « complot » des Explorateurs

Les Explorateurs ont commencé leur discours auprès de l’assemblée d’Israël par le descriptif concernant la taille démesurée des fruits de la Terre Sainte. Et ils interprétèrent de travers ce qu’ils avaient vu. Sur cette approche, voici le commentaire de Rachi : « Tout mensonge qui n’est pas précédé d’une petite vérité ne durera pas. » Nous devons comprendre comment la vérité renforce le mensonge, et pourquoi elle est plus efficace au début qu’à la fin.

Le Talmud (Chabbat 104a) stipule que la vérité perdurera, le mot en hébreu pour dire « vérité » est en effet composé des lettres א מ ת – lettres qui se dressent sur deux jambes, soit en équilibre (א-première lettre de l’alphabet, מ- lettre du milieu, ת- lettre de la fin). Un mensonge quant à lui ne tiendra pas. Nous en trouvons l’allusion dans le mot hébreu pour « mensonge » qui est composé des lettres : ש ק ר (toutes à la fin de l’alphabet et sur une jambe, soit en déséquilibre). Mais, comme Rachi le souligne, en mélangeant une certaine vérité au mensonge dès le départ, celui-ci a alors quelques chances de perdurer. La conscience n’est dans ce cas pas prémunie contre le mensonge car la vérité a déjà en quelque sorte donné « l’approbation d’entrer ». Le peu de vérité doit donc précéder le gros mensonge afin de maintenir la porte ouverte afin de le laisser entrer.

C’est très souvent ce qui se produit lorsqu’une personne souffre de mauvaise foi. Une bonne valeur a précédé toute mauvaise pensée ou méfait comme celle de voler les riches pour donner aux pauvres. Voilà comment les politiciens peuvent parfois commettre les crimes les plus abominables tout en proclamant qu’ils agissent selon les valeurs les plus élevées, ou pour servir les objectifs les plus nobles : la constitution du pays, la culture, l’économie…

Examinons à présent pourquoi les frères de Yossef ont été incapables de reconnaître leur propre frère lorsqu’ils se trouvèrent face à lui en tant que second du Pharaon en Égypte ? Alors même qu’ils s’y trouvaient entre autres justement pour le retrouver et le racheter ! Bien entendu à cause de sa barbe ! (Yossef était un jeune garçon la dernière fois qu’ils l’avaient vu), mais je pense qu’il y a plus que cela.
Ils se ressemblaient, Yossef savait manifestement beaucoup de choses sur eux, il les a fait asseoir selon leur âge, a insisté pour voir son frère Binyamin et n’a mis en prison que Shimon – le frère qui l’avait justement jeté dans le puits, et malgré tous ces indices, ils le regardaient face à face sans le reconnaître ! Comment est-ce possible ?

Encore une fois, la réponse est que nos intérêts créent un angle mort : les frères pensaient agir en toute sincérité selon la justice. Dans leur esprit, ils avaient vendu Yossef en tant qu’esclave pour se défendre contre ses mauvaises intentions, et ils auraient continué de penser ainsi si ce n’avait été la souffrance endurée par leur père. Depuis leur arrivée en Égypte, à la recherche de leur frère qu’ils étaient persuadés de retrouver esclave, ils ont été incapables d’identifier celui-ci comme Premier ministre du Pharaon.

Il y a une façon d’éviter le piège de la mauvaise foi, de se séparer des perceptions erronées (et même des mensonges), de rompre avec la parcelle de vérité qui nous a induits en erreur et n’a fait que servir nos intérêts au mensonge : nous interroger nous-mêmes sur nos motivations initiales et souvent cachées au plus profond de notre être. Mais souvent, nous ne parvenons pas à opérer une juste introspection ni à braquer les projecteurs sur nos propres actions !

De nos jours, la meilleure façon d’y parvenir est l’étude du Moussar, régulière et profonde, ainsi que de parler de tout cela avec une autre personne. D.ieu nous a créés avec la capacité de nous voir objectivement, si nous prenons le temps de nous concentrer et d’écouter avec humilité les autres qui seuls peuvent nous aider à identifier et à éliminer nos points morts.

Postscriptum
Il y a une difficulté dans le commentaire de Rachi cité ci-dessus : « Tout mensonge qui n’est pas précédé d’une petite vérité ne peut pas perdurer. » parce que Rachi se base en réalité sur un Midrash qui ne parle pas de mensonge, mais de lachone hara (médisance). Comment pouvons-nous comprendre cette interprétation de Rachi ?

Je pense que la réponse est qu’en fin de compte, le lachone hara est toujours faux, même s’il véhicule des informations exactes. Si, par exemple, vous avez vu quelqu’un voler à l’étalage et que vous racontez ensuite ce que vous avez vu à un ami, ce dernier percevra la personne fautive comme un voleur. Mais en réalité cela peut-être loin de la vérité ! Imaginons que le « voleur » ait succombé à une impulsion soudaine qu’il a regrettée sur le champ amèrement ! Est-il encore qualifiable de voleur ? Autrement dit, “les vraies” informations qui ont été transmises ont enfermé une personne dans une image fausse. Rachi peut donc bien traiter tout aussi bien du lachone hara que du mensonge dans ce même commentaire.

3. La confiance en soi d’une sauterelle

(ונהי בעינינו כחגבים וכן היינו בעיניהם (יג, לג
Nous étions à nos yeux comme des sauterelles et de même à leurs yeux », et c’est ainsi que nous avons été perçus par les Cananéens.

Voici la façon dont les explorateurs, envoyés par Moïse afin de rendre compte de ce qui se passait en Erets Israël avant d’y pénétrer, décrivirent leur rencontre avec les Cananéens (habitant alors la Terre Sainte).
Cependant, à la lecture de leurs propos, nous nous demandons comment ils ont eu vent de la manière dont les géants Cananéens les avaient perçus. Rachi pose cette question, et explique que les Explorateurs rapportèrent une discussion qu’ils avaient entendue entre Cananéens disant : « Il y a des fourmis dans les vignes qui ressemblent à des humains. »

Les propos des Explorateurs posent donc problème :
Qu’ils évoquent combien ils ont été perçus comme petits face aux Cananéens géants certes ! Mais comment comprendre qu’ils utilisent pour ce faire le terme au travers duquel ils se percevaient eux-mêmes (sauterelles), et qu’ils aillent jusqu’à changer le terme utilisé par les Cananéens (fourmis) ?
Les Explorateurs témoignent de la stature géante des Cananéens par le fait que ceux-ci aient décrit les Enfants d’Israël comme des fourmis (ce qui provient d’une discussion entre les géants). Pourtant, lorsqu’ils firent leur descriptif auprès de l’assemblée d’Israël, ils dirent avoir été perçus par les Cananéens comme des sauterelles.
Comment pouvons-nous comprendre cette permutation de termes ?

La réponse à cette question met en lumière un concept fondamental. La perception cananéenne des Explorateurs juifs ressemblant à des fourmis a été le résultat de leur propre perception d’eux-mêmes comme des sauterelles. Ce qui signifie que lorsque nous nous considérons comme des incapables ou des incompétents, etc… cela invite les autres à nous considérer comme tels et même encore pire.
Ce fut là la faute la plus grave des Explorateurs. Le manque d’estime de soi les a mis dans un état pitoyable et cette image désastreuse qu’ils avaient d’eux-mêmes a contaminé le reste des Juifs. D’ailleurs, un commentaire du Baal HaTourim nous enseigne que la raison pour laquelle les Juifs subirent la destruction du Temple et se trouvent encore actuellement en exil est le reflet que le Juif se renvoie à lui-même comme petit et faible face aux nations du monde.

Il n’est pas étonnant alors qu’à la fin des terribles malédictions énoncées dans la Parachat Ki Tavo – qui vont crescendo – nous trouvions celle-ci : « Les Juifs seront mis en vente comme esclaves aux nations de païens, mais personne ne voudra les acheter. » (28:68) Après cela nous ne trouvons plus aucune nouvelle malédiction ou punition mentionnée, comme pour nous dire : c’est le niveau le plus bas où la nation juive puisse tomber. Et c’est la conséquence directe d’une mauvaise estime de soi.

Cette idée nous concerne tous et chacun d’entre nous. Si nous estimons que nous n’avons pas de valeur – nous n’en aurons effectivement aucune !

Shabbat Shalom
yosefarhi@gmail.com

L’étude de ce Dvar Torah est consacrée a la mémoire de Hanna bat zahra, Hanania Rephael ben Hanna, Mahlouf ben Merima, Diamanti bat Messaouda, Raphael ben Yaakov, Gracia bat Hanna,
Jais ben Rahel, Eliahou ben Hanna, Amram ben Zarha.

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